Le Diagnostic de Performance Énergétique (DPE) est devenu l'un des documents les plus déterminants pour les propriétaires bailleurs en France. Depuis l'entrée en vigueur de la loi Climat et Résilience du 22 août 2021 (loi n°2021-1104), le DPE conditionne directement le droit de mettre un bien en location. En 2026, avec l'interdiction des logements classés G effective depuis le 1er janvier 2025 et l'échéance F qui approche en 2028, les propriétaires doivent impérativement comprendre les nouvelles règles et anticiper les travaux nécessaires.
Le DPE : rappel des fondamentaux
Le DPE est un diagnostic immobilier obligatoire qui évalue la consommation d'énergie primaire et les émissions de gaz à effet de serre d'un logement. Il attribue une note de A (excellent, moins de 70 kWh/m²/an) à G (passoire thermique, plus de 420 kWh/m²/an) sur deux échelles : énergie (en kWh/m²/an) et climat (en kg CO₂/m²/an). La note finale retenue est la plus mauvaise des deux, ce qui signifie qu'un logement performant en énergie mais émetteur de CO₂ sera pénalisé.
La réforme du 1er juillet 2021 a profondément transformé le DPE. Il est désormais opposable juridiquement : un locataire ou un acquéreur peut se retourner contre le propriétaire si le DPE s'avère erroné, avec possibilité de demander des dommages et intérêts. La méthode de calcul a été unifiée (méthode 3CL-DPE 2021, basée sur les caractéristiques physiques du bâtiment et non plus sur les factures d'énergie), et la double étiquette énergie + climat a été intégrée. Le DPE est valable 10 ans, sauf pour les DPE réalisés avant le 1er juillet 2021 dont la validité a été réduite : ceux réalisés entre 2013 et 2017 ne sont plus valides depuis le 1er janvier 2023, et ceux réalisés entre 2018 et le 30 juin 2021 restent valides jusqu'au 31 décembre 2024.
Les classes DPE en 2026 : A (moins de 70 kWh/m²/an) — B (71-110) — C (111-180) — D (181-250) — E (251-330) — F (331-420) — G (plus de 420 kWh/m²/an). Les classes F et G, qualifiées de « passoires thermiques », représentent environ 5,2 millions de logements en France métropolitaine selon le ministère de la Transition écologique, dont environ 1,6 million de logements locatifs.
Le calendrier d'interdiction de location (loi Climat et Résilience)
La loi Climat et Résilience (loi n°2021-1104 du 22 août 2021) a instauré un calendrier progressif d'interdiction de mise en location des logements les plus énergivores, codifié aux articles 160 et suivants de la loi et transposé à l'article 6 de la loi du 6 juillet 1989 relative aux rapports locatifs. Ce calendrier s'applique aux logements loués à titre de résidence principale en France métropolitaine :
| Date d'effet | Classe DPE interdite | Seuil de consommation | Logements concernés (estimation) |
|---|---|---|---|
| 1er janvier 2025 | Classe G | > 420 kWh/m²/an | ≈ 600 000 logements |
| 1er janvier 2028 | Classe F | > 330 kWh/m²/an | ≈ 1,2 million supplémentaires |
| 1er janvier 2034 | Classe E | > 250 kWh/m²/an | ≈ 3,4 millions supplémentaires |
En parallèle, depuis le 24 août 2022, les loyers des logements classés F et G sont gelés : aucune augmentation de loyer n'est autorisée, y compris l'indexation annuelle sur l'IRL, que ce soit en cours de bail, au renouvellement, ou lors d'une remise en location (article 159 de la loi Climat et Résilience). Ce gel constitue une perte de pouvoir d'achat immobilier significative pour les propriétaires concernés, d'autant que l'inflation a augmenté les charges et les coûts d'entretien.
Ce que « interdit de location » signifie concrètement
L'interdiction de location signifie que le logement ne satisfait plus au critère de décence énergétique exigé par l'article 6 de la loi du 6 juillet 1989. Concrètement, cela entraîne les conséquences suivantes :
- Impossibilité de signer un nouveau bail : aucun nouveau contrat de location ne peut être conclu pour un logement dont le DPE dépasse le seuil interdit. Aucun nouveau locataire ne peut être accueilli tant que le logement n'est pas rénové.
- Impossibilité de renouveler un bail existant : à l'échéance du bail en cours, le renouvellement est bloqué si le logement ne respecte pas les seuils de décence énergétique. Le bail se termine sans possibilité de tacite reconduction.
- Droit du locataire en place : un locataire dont le bail est en cours conserve son droit au maintien dans les lieux, mais peut exiger du bailleur qu'il réalise les travaux de mise en conformité (article 20-1 de la loi du 6 juillet 1989). En cas de refus du bailleur, le locataire peut saisir le juge des contentieux de la protection pour obtenir une réduction de loyer proportionnelle, voire la suspension du paiement du loyer jusqu'à réalisation des travaux.
- Sanctions judiciaires : le bailleur qui loue un logement non décent s'expose à des condamnations judiciaires : obligation de réaliser les travaux sous astreinte, réduction de loyer imposée, dommages et intérêts au locataire, et éventuellement suspension des aides au logement (APL) versées au locataire.
Important
Un bail en cours n'est pas résilié automatiquement lorsque le seuil d'interdiction entre en vigueur. Le locataire continue d'occuper le logement et de payer son loyer. En revanche, il dispose de nouveaux leviers juridiques pour contraindre le bailleur à réaliser des travaux de rénovation énergétique. La relation bailleur-locataire peut se dégrader significativement en l'absence d'anticipation.
Les exceptions et dérogations au calendrier DPE
Le législateur a prévu plusieurs cas d'exception à l'interdiction de location, définis par le décret n°2023-796 du 18 août 2023 :
- Bâtiments classés ou inscrits au titre des monuments historiques : les contraintes architecturales peuvent rendre les travaux de rénovation énergétique impossibles ou incompatibles avec la préservation du patrimoine.
- Copropriétés avec travaux votés : si l'assemblée générale des copropriétaires a voté des travaux d'amélioration énergétique et que ceux-ci n'ont pas encore été réalisés, le propriétaire peut bénéficier d'un sursis sous réserve de produire la preuve du vote en AG, le programme de travaux et le calendrier prévisionnel de réalisation.
- Contraintes techniques, architecturales ou patrimoniales : lorsque les travaux nécessaires entraîneraient des modifications incompatibles avec les règles d'urbanisme du PLU, les prescriptions de l'Architecte des Bâtiments de France (secteur sauvegardé, AVAP), ou la structure même du bâtiment (impossibilité technique avérée).
- Surcoût manifestement disproportionné : lorsque le coût des travaux nécessaires pour atteindre la classe E dépasse 50 % de la valeur vénale du bien. Ce critère s'apprécie au cas par cas et nécessite une justification documentée (devis, évaluation du bien).
- Refus de la copropriété : si le propriétaire a demandé l'inscription de travaux d'isolation à l'ordre du jour de l'AG et que celle-ci les a refusés, il peut invoquer cette exception à condition de documenter sa démarche.
Par ailleurs, pour les logements de petite surface (moins de 40 m²), un DPE rectificatif a été mis en place en 2024 pour corriger le biais de la méthode 3CL qui surévaluait la consommation des petits logements. Si vous êtes propriétaire d'un studio ou d'un T1 classé F ou G, faites réaliser un nouveau diagnostic : vous pourriez gagner une voire deux classes DPE sans aucun travaux.
Comment améliorer son DPE : les travaux prioritaires
L'amélioration du DPE passe par des travaux de rénovation énergétique ciblés. Voici les interventions les plus efficaces, classées par impact sur la performance énergétique :
- Isolation des combles et de la toiture : c'est le poste le plus rentable — la toiture représente 25 à 30 % des déperditions thermiques d'un logement mal isolé. L'isolation des combles perdus coûte entre 20 et 50 €/m² (soufflage de laine minérale), celle des combles aménagés entre 50 et 100 €/m² (panneaux rigides ou semi-rigides).
- Isolation des murs : les murs représentent 20 à 25 % des déperditions thermiques. L'isolation thermique par l'extérieur (ITE) est plus performante car elle supprime les ponts thermiques, mais elle est plus coûteuse (100 à 200 €/m²). L'isolation thermique par l'intérieur (ITI) est plus accessible (40 à 80 €/m²) mais réduit la surface habitable.
- Remplacement du système de chauffage : passer d'une chaudière fioul ou d'un chauffage électrique par convecteurs à une pompe à chaleur air-eau, un poêle à granulés, ou une chaudière gaz à très haute performance énergétique (THPE) peut faire gagner 1 à 3 classes DPE. Budget : 3 000 € (poêle à granulés) à 15 000 € (PAC air-eau installée).
- Remplacement des fenêtres : passer du simple vitrage au double vitrage à isolation renforcée (VIR) réduit les déperditions par les parois vitrées de 40 %. Comptez 300 à 800 € par fenêtre (fourniture et pose), selon les dimensions et le matériau (PVC, aluminium, bois).
- Installation ou amélioration de la VMC : une VMC double flux avec échangeur de chaleur récupère jusqu'à 90 % de la chaleur de l'air extrait, améliorant le DPE tout en garantissant une qualité d'air intérieur optimale. Coût : 3 000 à 6 000 € pose comprise.
- Isolation des planchers bas : souvent négligée, l'isolation du sol sur cave, vide sanitaire ou terre-plein permet de gagner 7 à 10 % d'économies d'énergie. Coût : 30 à 60 €/m² selon la technique (panneaux sous hourdis, isolation par le dessus).
Conseil : avant d'engager des travaux, faites réaliser un audit énergétique (obligatoire pour les logements classés F ou G mis en vente depuis le 1er avril 2023, et pour les classes E depuis le 1er janvier 2025). L'audit, plus détaillé que le DPE, propose des scénarios de travaux chiffrés et hiérarchisés pour atteindre la classe visée, avec une estimation des économies d'énergie associées. Coût : 800 à 1 500 € pour un logement individuel.
Les aides financières disponibles en 2026
Plusieurs dispositifs d'aide coexistent et sont souvent cumulables, permettant de réduire significativement le reste à charge du propriétaire :
- MaPrimeRénov' : aide de l'ANAH (Agence Nationale de l'Habitat) ouverte aux propriétaires bailleurs sous conditions de ressources et d'engagement de location (louer le bien pendant au moins 6 ans à titre de résidence principale). Le montant varie de 1 500 à 25 000 € selon les revenus du propriétaire et l'ampleur des travaux. Depuis 2024, le parcours « MaPrimeRénov' Accompagné » est privilégié pour les rénovations d'ampleur (gain d'au moins 2 classes DPE), avec des aides majorées pouvant couvrir jusqu'à 90 % du montant des travaux pour les ménages les plus modestes.
- Certificats d'Économies d'Énergie (CEE) : les fournisseurs d'énergie (EDF, Engie, TotalEnergies) financent une partie des travaux via des primes énergie. Cumulables avec MaPrimeRénov', les CEE représentent généralement 10 à 20 % du coût des travaux. La demande doit être faite avant le début des travaux.
- Éco-prêt à taux zéro (éco-PTZ) : prêt bancaire sans intérêt jusqu'à 50 000 € pour un bouquet de travaux de rénovation énergétique, remboursable sur 20 ans maximum. Accessible sans condition de ressources. Peut être couplé à MaPrimeRénov' et aux CEE.
- TVA réduite à 5,5 % : applicable de plein droit aux travaux d'amélioration de la performance énergétique dans les logements achevés depuis plus de 2 ans (au lieu du taux normal de 20 %). L'économie représente 14,5 points de TVA sur le montant total des travaux — non négligeable sur des chantiers de plusieurs milliers d'euros.
- Aides des collectivités locales : régions, départements et intercommunalités proposent souvent des aides complémentaires (subventions, prêts bonifiés, accompagnement technique). Consultez le site France Rénov' (france-renov.gouv.fr) ou contactez l'ADIL (Agence Départementale d'Information sur le Logement) de votre département.
- Déficit foncier majoré : pour les propriétaires en nom propre ou en SCI à l'IR au régime réel, les travaux de rénovation énergétique sont déductibles des revenus fonciers. Le déficit foncier est imputable sur le revenu global à hauteur de 10 700 €/an. Pour les travaux de rénovation énergétique permettant le passage d'une classe E, F ou G à une classe A, B, C ou D (réalisés sur la base d'un devis accepté entre 2023 et 2025, avec paiement avant le 31 décembre 2025), le plafond est doublé à 21 400 €/an.
Impact sur le marché locatif et stratégie des investisseurs
Les contraintes DPE redessinent en profondeur le marché immobilier locatif français. Le gel des loyers pour les classes F et G, combiné à l'interdiction progressive de location, entraîne des conséquences structurelles :
- Décote à l'achat des passoires thermiques : les logements classés F et G subissent une décote de 5 à 20 % par rapport aux logements équivalents mieux classés, selon les données des Notaires de France et les études de l'INSEE. Cette décote, qui s'est accentuée depuis 2023, crée des opportunités d'investissement pour les acquéreurs disposés à rénover.
- Raréfaction de l'offre locative : les logements retirés du marché locatif faute de travaux contribuent à la tension du marché dans les zones tendues. L'ADEME estime qu'environ 140 000 logements classés G ont été retirés du marché locatif en 2025, un chiffre qui va s'accélérer avec l'échéance F de 2028.
- Stratégie « acheter, rénover, louer » : de nombreux investisseurs ciblent désormais des passoires thermiques acquises avec décote, réalisent un bouquet de travaux financé en partie par MaPrimeRénov', les CEE et l'éco-PTZ, puis remettent le logement en location avec un DPE conforme et un loyer revalorisé. Le déficit foncier généré par les travaux réduit en parallèle la charge fiscale.
- Montée en gamme du parc locatif : à long terme, le calendrier d'interdiction pousse l'ensemble du parc vers une meilleure performance énergétique. Les locataires y gagnent (factures d'énergie réduites, confort thermique accru), et les propriétaires voient leur patrimoine se valoriser grâce à un meilleur DPE.
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