SCI à l'IS : qui a droit au taux réduit de 15 % ?

Taux réduit d'IS à 15 % en SCI : les trois conditions, le plafond de 42 500 € de bénéfice, le calcul pas à pas et ce qui fait basculer à 25 %.
Le taux réduit d'impôt sur les sociétés à 15 % est l'argument chiffré que l'on entend le plus souvent au moment d'opter pour l'IS. Il existe, mais il est plafonné et conditionné, et ses conditions se perdent plus facilement qu'on ne le croit, parfois dès la rédaction des statuts.
Ce que dit exactement la règle
Le point qu'il faut lire deux fois : le taux réduit porte sur une fraction de bénéfice, pas sur le bénéfice entier.
Un barème par tranches, jamais un couperet
Dépasser 42 500 € de bénéfice ne fait pas basculer toute la SCI à 25 %. Seule la part qui excède ce plafond est imposée au taux normal, comme dans un barème par tranches.
Il n'existe donc aucun effet de seuil à redouter : cent euros de bénéfice au-delà de 42 500 € coûtent 25 € d'IS de plus, jamais davantage. Différer une recette pour rester sous le plafond n'a aucun sens fiscal.
Le taux effectif, niveau de bénéfice par niveau
| Bénéfice fiscal de l'exercice | Fraction à 15 % | Fraction à 25 % | IS dû | Taux effectif |
|---|---|---|---|---|
| 20 000 € | 20 000 € | 0 € | 3 000 € | 15,0 % |
| 42 500 € | 42 500 € | 0 € | 6 375 € | 15,0 % |
| 60 000 € | 42 500 € | 17 500 € | 10 750 € | 17,9 % |
| 100 000 € | 42 500 € | 57 500 € | 20 750 € | 20,8 % |
| 150 000 € | 42 500 € | 107 500 € | 33 250 € | 22,2 % |
Le taux effectif ne rejoint jamais tout à fait 25 %, il s'en approche à mesure que le bénéfice grossit. Pour une SCI patrimoniale ordinaire, il reste le plus souvent proche de 15 %.
Les trois conditions, une par une
Les trois conditions sont cumulatives. Il suffit qu'une seule fasse défaut pour que la totalité du bénéfice soit imposée à 25 %, et non la seule fraction supérieure à 42 500 €. Franchir le plafond et perdre le taux réduit n'ont donc pas du tout le même coût.
| Condition | Ce qu'elle exige | Risque réel pour une SCI patrimoniale |
|---|---|---|
| Chiffre d'affaires | Un chiffre d'affaires hors taxes n'excédant pas 10 millions d'euros | Quasi nul, le seuil est hors de portée d'une SCI de gestion locative |
| Capital entièrement libéré | Les apports souscrits ont été effectivement versés à la société | Élevé, c'est l'oubli de constitution le plus courant |
| Détention à 75 % au moins par des personnes physiques | Détention directe, ou via une seule société interposée qui remplit elle-même toutes les conditions du régime | Élevé dès qu'une société entre au capital |
Le chiffre d'affaires hors taxes n'excédant pas 10 millions d'euros
C'est la condition la plus facile à remplir. Une SCI de gestion locative encaisse des loyers, rarement plus de quelques centaines de milliers d'euros par an : le seuil de 10 millions d'euros est hors de portée et ne fait perdre le taux réduit à pratiquement aucune SCI patrimoniale.
Le seuil est inclusif : un chiffre d'affaires exactement égal à 10 000 000 € reste éligible, c'est le dépassement qui disqualifie. Une réserve toutefois : le chiffre d'affaires s'apprécie exercice par exercice, et un premier exercice dont la durée diffère de douze mois se vérifie auprès de votre expert-comptable.
Le capital entièrement libéré
C'est la condition qui se perd le plus souvent, et la plus simple à corriger une fois repérée.
Libérer le capital, c'est verser effectivement à la société les apports que les associés ont souscrits. Une SCI constituée avec un capital de 10 000 € dont seuls 2 000 € ont été versés n'a pas un capital entièrement libéré. Beaucoup de SCI familiales sont dans ce cas sans le savoir : les statuts prévoient une libération échelonnée au moment de la création de la société, et personne n'y revient ensuite.
Tant que la libération n'est pas complète, le taux normal frappe la totalité du bénéfice. La correction est simple : les associés versent le solde de leurs apports et la société le constate.
La détention à 75 % au moins par des personnes physiques
Cette condition s'apprécie en tenant compte de la chaîne de détention. Une détention directe par des personnes physiques ne pose aucune difficulté, c'est le cas de la SCI familiale classique.
L'interposition d'une société change la lecture, et sur deux points que l'on résume souvent mal.
Premier point : la société associée doit remplir elle-même toutes les conditions du régime, pas seulement celle de la détention. Un chiffre d'affaires n'excédant pas 10 millions d'euros, un capital entièrement libéré, et une détention directe à 75 % au moins par des personnes physiques. Une holding détenue à 100 % par une famille, mais dont le capital n'a jamais été intégralement versé, ne qualifie donc pas la SCI. Le piège du capital non libéré décrit plus haut se rejoue à l'identique un cran au-dessus.
Second point : la remontée s'arrête à un seul niveau d'interposition. La société associée de la SCI doit être détenue directement par des personnes physiques, à hauteur de 75 % au moins. Si elle est elle-même détenue par une autre société, la chaîne est rompue et le taux réduit tombe, quelle que soit la composition du sommet du montage. Additionner les personnes physiques sur deux ou trois étages de holdings conduit à conclure à tort à l'éligibilité.
Le point de vigilance est la cession de parts : une entrée au capital ou une restructuration peut faire franchir le seuil à la baisse sans que la question fiscale ait été posée. Et le déclencheur n'est pas la prise de contrôle : il suffit qu'une société non qualifiante détienne plus de 25 % du capital pour que la totalité du bénéfice bascule au taux normal. Une holding entrée à hauteur de 30 % suffit.
À quelle date chacune des trois conditions s'apprécie
Les trois conditions ne se mesurent pas au même moment, et cette asymétrie change ce qu'il est encore possible de rattraper en fin d'année.
- Le capital entièrement libéré s'apprécie à la clôture. Il doit avoir été effectivement et intégralement versé au terme de l'exercice au titre duquel l'impôt sur les sociétés est liquidé. Verser le solde des apports le 20 décembre, pour un exercice clos le 31 décembre, suffit donc à bénéficier du taux réduit sur l'exercice en cours.
- La détention à 75 % au moins par des personnes physiques s'apprécie en continu. L'article 219, I-b du Code général des impôts parle d'un capital « détenu de manière continue » : la condition doit être respectée tout au long de l'exercice. Une cession de parts à une société non qualifiante intervenue en juin fait perdre le taux réduit pour l'exercice entier, même si la répartition est rétablie avant le 31 décembre.
- Le chiffre d'affaires s'apprécie sur l'exercice ou la période d'imposition, donc a posteriori, ce qui en fait la condition la moins pilotable des trois. Elle est aussi, pour une SCI patrimoniale, la moins menaçante.
La conséquence pratique tient en une phrase : un capital incomplet se rattrape avant la clôture, une répartition de parts abîmée en cours d'année ne se rattrape pas.
Un exemple chiffré, de la recette à l'impôt
Une SCI à l'IS détient un immeuble acquis 900 000 €, dont 180 000 € de terrain et 720 000 € de construction. Exercice civil, capital de 10 000 € entièrement libéré, deux associés personnes physiques.
- Loyers encaissés sur l'exercice : 84 000 €.
- Charges décaissées déductibles : 26 000 €, dont 12 500 € d'intérêts d'emprunt, 4 200 € de taxe foncière, 3 600 € de charges de copropriété non récupérables et 1 100 € d'assurance propriétaire non occupant.
- Dotation aux amortissements : 21 600 €, soit 3 % en moyenne sur les 720 000 € de construction. Le terrain reste hors base amortissable.
- Résultat fiscal : 84 000 € de loyers, moins 26 000 € de charges et 21 600 € d'amortissement, soit 36 400 €.
- Impôt dû : 36 400 € étant inférieur à 42 500 €, la totalité relève du taux réduit. IS = 36 400 × 15 % = 5 460 €.
Même SCI, une seule différence : le capital n'a été libéré qu'à hauteur de 2 000 €. La condition tombe, le taux normal s'applique sur tout le résultat. IS = 36 400 × 25 % = 9 100 €. L'écart atteint 3 640 € sur un seul exercice, et il se répète tant que la situation n'est pas régularisée.
Pourquoi une SCI patrimoniale reste souvent sous le plafond
L'amortissement explique une bonne part du phénomène. Dans l'exemple ci-dessus, la dotation de 21 600 € pèse plus lourd que la taxe foncière, l'assurance et l'entretien réunis. Sans elle, le résultat passerait de 36 400 € à 58 000 €, donc au-dessus du plafond.
Le taux effectif reste ainsi proche de 15 % pendant les premières années, celles où la dotation est la plus forte et les intérêts d'emprunt les plus élevés. Rien n'est acquis pour autant : à mesure que l'emprunt se rembourse, le résultat imposable remonte. Le fonctionnement de l'amortissement en SCI à l'IS mérite d'être compris avant de bâtir un prévisionnel.
L'exercice qui fait exception : l'année d'une cession
La même SCI cède un lot 320 000 €. Prix de revient 300 000 €, amortissements pratiqués 90 000 €, valeur nette comptable 210 000 € : la plus-value ressort à 110 000 €.
Le résultat de l'exercice atteint 146 400 € (hypothèse simplifiée, une cession en cours d'année fait aussi varier les loyers et la dotation). L'impôt devient 42 500 × 15 % + 103 900 × 25 %, soit 32 350 €, et le taux effectif 22,1 %.
L'exercice de cession n'a rien d'un exercice ordinaire : le plafond est franchi de loin et une partie de l'économie d'IS accumulée pendant la détention se rattrape d'un coup.
Ce que le taux de 15 % ne dit pas
Comparer 15 % à une tranche marginale d'impôt sur le revenu est trompeur : à l'IS, le bénéfice supporte l'impôt une première fois au niveau de la société, puis une seconde fois s'il est distribué.
Sur les 36 400 € de résultat de l'exemple, l'IS prélève 5 460 € et il reste 30 940 € dans la société. Distribués intégralement, ces 30 940 € supportent le prélèvement forfaitaire unique, soit 9 715 €, et les associés perçoivent 21 225 €. Le total prélevé atteint 15 175 € sur 36 400 €, soit 41,7 %, très loin des 15 % affichés.
Le taux de 15 % n'est le coût complet que si le bénéfice reste dans la société. L'arbitrage entre distribuer et capitaliser se pose donc avant celui du taux.
Les erreurs fréquentes, et comment les éviter
- Croire que dépasser 42 500 € fait basculer tout le bénéfice à 25 %. Seule la fraction excédentaire l'est. La confusion pousse à décaler une recette sans raison économique.
- Laisser le capital partiellement libéré. Cause la plus fréquente de perte du taux réduit, et la moins coûteuse à corriger : une relecture des statuts suffit.
- Faire entrer une société au capital sans vérifier la chaîne de détention. Une cession de parts peut faire tomber la détention par des personnes physiques sous 75 % sans qu'aucune décision fiscale n'ait été prise. Et vérifier la chaîne, ce n'est pas la remonter jusqu'aux personnes physiques quel qu'en soit le nombre d'étages : au-delà d'un seul niveau d'interposition, le taux réduit est perdu.
- Croire qu'une régularisation de dernière minute rattrape tout. Elle le fait pour le capital, qui s'apprécie à la clôture. Elle ne le fait pas pour la détention à 75 %, qui doit être continue sur l'exercice entier.
- Bâtir un prévisionnel sur un taux de 15 % permanent. L'amortissement décroît, les intérêts d'emprunt diminuent, le résultat imposable augmente avec les années.
- Confondre résultat et trésorerie. L'IS est dû sur un résultat comptable, pas sur le solde du compte au 31 décembre : le remboursement du capital emprunté n'est pas déductible.
Vérifier son éligibilité avant la clôture
Quatre vérifications suffisent, et elles se font sur documents.
- Les statuts et l'état de libération du capital. Montant souscrit et montant versé doivent coïncider. Sinon, le versement du solde est la première action à programmer.
- La répartition des parts à jour. Additionnez les parts détenues par des personnes physiques. Sous 75 %, regardez la société associée : elle doit être détenue directement à 75 % au moins par des personnes physiques et remplir elle-même les autres conditions du régime. La vérification s'arrête à ce seul niveau, un deuxième étage de holding disqualifie la SCI. Contrôlez enfin que la répartition n'a pas bougé en cours d'exercice, cette condition s'apprécie en continu.
- Le résultat prévisionnel de l'exercice. Il se lit sur le compte de résultat en cours, pas au moment de préparer la liasse fiscale 2065. Le savoir en octobre laisse le temps d'arbitrer.
- Les opérations exceptionnelles envisagées. Une cession ou une reprise de provision peut faire franchir le plafond. Elles se simulent avant d'être déclenchées.
Ce que Coziloc prend en charge sur ce sujet
Le taux réduit se vérifie pendant l'exercice, pas au moment de déposer la liasse. Coziloc tient à jour les trois éléments qui le déterminent.
- Le résultat de l'exercice en cours. Chaque loyer encaissé et chaque charge payée est catégorisé selon le plan comptable applicable à une société à l'IS, et le compte de résultat se construit au fil de l'année. Vous savez où vous vous situez par rapport au plafond de 42 500 € avant la clôture, pas six mois après.
- Le plan d'amortissement. Coziloc isole la valeur du terrain, calcule l'amortissement de la construction par composants et met à jour le tableau des amortissements à chaque clôture. C'est la ligne qui décide, le plus souvent, si le plafond est franchi.
- Les pièces qui portent les deux conditions fragiles. Statuts, actes de cession de parts et justificatifs de versement sont archivés au même endroit : la libération du capital et la répartition des parts se contrôlent sur pièces.
Coziloc ne dépose pas la liasse 2065 et ne se substitue pas à l'expert-comptable, responsable du dépôt et de la qualification fiscale : bilan, compte de résultat et tableau des amortissements lui sont transmis prêts à l'emploi.
La page de référence sur la SCI à l'IS détaille le régime dans son ensemble, et le comparatif entre SCI à l'IR et SCI à l'IS reprend les critères qui se tranchent en amont du taux.
Points clés
Le taux réduit de 15 % ne porte que sur la fraction de bénéfice jusqu'à 42 500 €. Au-delà, le taux normal de 25 % s'applique sur le surplus, pas sur la totalité.
Les trois conditions sont cumulatives : chiffre d'affaires hors taxes n'excédant pas 10 millions d'euros, capital entièrement libéré, détention à au moins 75 % par des personnes physiques.
Le capital entièrement libéré est la condition la plus souvent oubliée : un capital souscrit mais non versé fait perdre le taux réduit sur la totalité du bénéfice, même sur une petite SCI familiale.
Une SCI détenue à plus de 25 % par une société perd le taux réduit dès que cette société ne remplit pas elle-même toutes les conditions du régime, dont une détention directe à 75 % au moins par des personnes physiques. Le déclencheur n'est pas la prise de contrôle, mais le franchissement du seuil de 25 %.
Le taux effectif reste proche de 15 % tant que l'amortissement contient le résultat sous le plafond. L'exercice d'une cession fait exception : la plus-value gonfle le résultat et le taux effectif remonte.
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Questions fréquentes
Non. Il ne s'applique qu'à la fraction de bénéfice allant jusqu'à 42 500 €. La part qui dépasse ce seuil est imposée au taux normal de 25 %. Une SCI dégageant 60 000 € de bénéfice est donc imposée à 15 % sur 42 500 € et à 25 % sur les 17 500 € restants, soit 10 750 € d'IS et un taux effectif de 17,9 %, jamais 25 % sur la totalité.
Un capital est libéré lorsque les associés ont effectivement versé à la société les apports qu'ils ont souscrits. Une SCI dont le capital est souscrit à 10 000 € mais versé à 2 000 € n'a pas un capital entièrement libéré : elle ne remplit pas cette condition et relève du taux normal de 25 % sur la totalité de son bénéfice, quelle que soit la taille de celui-ci.
Oui, mais à des conditions strictes. Le capital doit être détenu à 75 % au moins par des personnes physiques, directement ou par l'intermédiaire d'une seule société interposée. Cette société doit elle-même remplir l'ensemble des conditions du régime : un chiffre d'affaires n'excédant pas 10 millions d'euros, un capital entièrement libéré, et une détention directe à 75 % au moins par des personnes physiques. La remontée s'arrête là : un deuxième étage de holding fait perdre le taux réduit, même si des personnes physiques se trouvent au sommet de la chaîne.
Par société. Le plafond s'applique au bénéfice imposable de la SCI, pas à la quote-part revenant à chaque associé. Contrairement au régime de l'impôt sur le revenu, où chaque associé déclare sa part, l'IS impose la société elle-même comme redevable.
Elle le garde sur la fraction de bénéfice jusqu'à 42 500 €, mais la plus-value réalisée par une SCI à l'IS relève des plus-values professionnelles et s'ajoute au résultat imposable de l'exercice. Le plafond est alors très largement dépassé et l'essentiel du résultat supporte le taux normal de 25 %. L'exercice de cession n'a rien d'un exercice ordinaire, il se simule avant d'être déclenché.
Les associés versent à la société le solde des apports qu'ils avaient souscrits, et la libération est constatée. L'opération est simple et peu coûteuse. La condition s'apprécie à la clôture de l'exercice : verser le solde avant la date de clôture suffit à retrouver le taux réduit dès l'exercice en cours, sans attendre le suivant. La condition de détention à 75 % obéit à une autre logique, elle doit être respectée de manière continue sur tout l'exercice.
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