Bail & location

Garant ou caution : ce que le bailleur peut exiger

9 min de lectureÉquipe Coziloc

Assurance loyers impayés et caution ne se cumulent pas, et les pièces demandables au garant sont fixées par décret. Ce que le bailleur peut exiger.

Constituer un dossier de location solide est légitime. Le droit locatif ne laisse pourtant pas le bailleur libre d'empiler les garanties ni de réclamer les pièces qu'il souhaite. Deux règles bornent la demande, et leur méconnaissance produit exactement l'inverse de l'effet recherché : une garantie que l'on croit détenir et qui n'existe pas.

Ce guide sépare ce qui se cumule de ce qui ne se cumule pas, ce qui est demandable de ce qui est interdit, et ce qui décide réellement de la valeur d'une caution le jour où elle est appelée.

Quatre dispositifs différents, souvent confondus

Le mot « garantie » recouvre quatre mécanismes qui n'ont ni la même nature, ni le même payeur, ni les mêmes règles de cumul. Les confondre est la première source d'erreur.

DispositifNatureQui paie le bailleurCumul avec un cautionnement
Dépôt de garantieSomme versée par le locataire à l'entréeImputation sur la dette en fin de bailOui, il reste possible, sauf en bail mobilité
Cautionnement (garant)Engagement écrit d'un tiersLa caution, sur appel du bailleurSans objet
Assurance loyers impayésContrat souscrit par le bailleurL'assureur, selon les conditions du contratNon, sauf étudiant ou apprenti
VisaleCautionnement délivré par un organisme au locataire éligibleL'organisme garantSans objet, c'est déjà un cautionnement

Le dépôt de garantie n'est pas une protection contre l'impayé au sens strict. C'est une somme déjà détenue, imputable sur la dette en fin de bail. Il n'est jamais dû d'office : il n'existe que si le contrat de location le prévoit, et il est purement et simplement interdit en bail mobilité. Ce que dit la règle de non-cumul, c'est seulement qu'une assurance loyers impayés ne l'écarte pas.

Un mois de loyer hors charges couvre rarement une dette locative réelle, qui additionne des loyers, des charges régularisées et parfois des réparations. Les plafonds et les délais de restitution sont détaillés sur la page consacrée au dépôt de garantie.

Règle 1 : assurance loyers impayés et cautionnement ne se cumulent pas

La sanction est la nullité, pas un rappel à l'ordre

Ce n'est ni une amende ni une irrégularité de forme rattrapable. Le cautionnement demandé en présence d'une assurance couvrant déjà les obligations locatives est nul. Le bailleur qui a empilé les deux se retrouve, le jour de l'impayé, avec son assurance seule et un acte de caution inopposable.

Le scénario est presque toujours celui du bailleur prudent : une assurance souscrite, un garant demandé au cas où, et la découverte, le jour de l'appel, que la seconde garantie ne vaut rien. La précaution de trop a coûté la plus solide des deux.

L'exception étudiant ou apprenti est étroite

Elle s'apprécie au regard de la situation du locataire, pas de son âge ni de son niveau de ressources. Un locataire jeune qui n'est ni étudiant ni apprenti n'ouvre pas l'exception. Un étudiant de trente-cinq ans l'ouvre.

En pratique, le statut doit figurer au dossier au moment de la conclusion du bail, et non être reconstitué après coup, quand la validité du cautionnement est discutée.

Un second filtre, souvent ignoré, tient à la qualité du bailleur. Ce qui précède vaut pour un bailleur personne physique ou pour une société civile constituée exclusivement entre parents et alliés. Si le bailleur est une autre personne morale, société civile non familiale, SARL ou SAS, l'alinéa 2 de l'article 22-1 referme encore la porte : le cautionnement ne peut alors être demandé que s'il émane d'un organisme figurant sur la liste fixée par décret en Conseil d'État, Visale au premier chef, ou si le logement est loué à un étudiant ne bénéficiant pas d'une bourse de l'enseignement supérieur. Pour ce bailleur, un apprenti n'ouvre donc rien, et un étudiant boursier non plus. Détenir ses biens en société n'est pas neutre sur ce point précis.

Le choix se fait avant la mise en location

Puisque le cumul est fermé, la décision se prend en amont, et les deux logiques ne se valent pas. L'assurance indemnise selon les conditions de son contrat, sans effort de recouvrement pour le bailleur. La caution engage une personne, sans autre plafond que celui inscrit à l'acte, mais suppose de la trouver, de vérifier son dossier, puis de l'appeler soi-même. La place de cet appel dans le recouvrement figure sur la page procédure en cas de loyer impayé.

Règle 2 : la liste des pièces est limitative

Limitative veut dire fermée

Ce n'est pas une liste indicative de ce qu'il serait raisonnable de demander. C'est une liste fermée. Tout ce qui n'y figure pas est interdit, y compris une pièce anodine, y compris une pièce que le candidat proposerait de lui-même. L'accord du candidat ne rend pas la demande licite.

Les quatre familles de justificatifs admises

Les pièces autorisées se rangent en quatre familles : identité, domicile, activité professionnelle, ressources. Elles suffisent largement à apprécier une solvabilité, à condition de les lire.

Un dossier se juge sur la cohérence entre ces pièces, pas sur leur nombre. Un avis d'imposition qui ne recoupe pas les bulletins de salaire, une adresse de quittance qui ne correspond pas au justificatif de domicile, un contrat de travail dont la date contredit l'ancienneté déclarée : ces écarts se voient sur les pièces autorisées.

Ce qu'il ne faut pas réclamer

Les demandes fautives tournent presque toujours autour de la banque et de la vie privée : relevés de compte, attestation de bonne tenue de compte, autorisation de prélèvement automatique signée d'avance, chèque de réservation, extrait de casier judiciaire, carte Vitale. Ces pièces sont hors liste, la demande est interdite, et elle expose le bailleur à une sanction administrative.

Elles n'apportent en outre rien qu'un avis d'imposition et des bulletins de salaire ne disent déjà.

Deux listes distinctes, locataire et caution

La liste applicable à la caution n'est pas celle du locataire. Appliquer la même grille aux deux est une erreur fréquente, et elle se produit dans les deux sens : réclamer au garant une pièce qui ne le concerne pas, ou omettre une pièce qui n'apparaît que dans sa liste à lui. C'est le point le plus souvent manqué de toute la constitution du dossier.

Lire un dossier de garant : un exemple chiffré complet

Le vrai travail n'est pas de collecter des pièces, c'est de calculer. Voici un cas déroulé de bout en bout.

Le calcul à l'entrée

Appartement loué vide. Loyer 750 € hors charges, provisions pour charges 100 €, soit 850 € appelés chaque mois. Dépôt de garantie encaissé à l'entrée : 750 €, soit un mois de loyer hors charges.

Le garant proposé déclare 2 950 € de revenus nets mensuels et rembourse un crédit immobilier de 620 € par mois.

  • Ressources réellement disponibles : 2 950 € de revenus, 620 € de mensualité, soit 2 330 €.
  • Rapport aux sommes appelées : 2 330 / 850 = 2,7.

Le ratio brut, calculé sans tenir compte du crédit, aurait donné 3,5 (2 950 / 850). L'écart entre 3,5 et 2,7 est exactement ce qui distingue un dossier lu d'un dossier survolé.

Le calcul à la sortie, dix-huit mois plus tard

Le locataire quitte le logement en laissant :

  • 4 mois de loyer et de charges impayés : 4 × 850 = 3 400 €
  • un solde de régularisation de charges : 180 €
  • des réparations locatives retenues sur l'état des lieux de sortie : 460 €
  • total de la dette : 4 040 €

Le dépôt de garantie s'impute en premier : 4 040 € de dette, 750 € de dépôt, il reste 3 290 € à recouvrer.

Si l'acte de cautionnement plafonne l'engagement à douze mois de loyer et de charges, soit 10 200 €, ce solde entre entièrement dans l'engagement. Encore faut-il que l'acte vise les charges et les réparations locatives, et pas uniquement les loyers. Un acte rédigé pour les seuls loyers laisse discuter 640 € sur les 3 290 € réclamés, c'est-à-dire la régularisation et les réparations. La façon d'établir ces réparations est décrite sur la page état des lieux.

Le seuil de trois fois le loyer n'est pas une règle de droit

Aucun texte n'impose de multiple de ressources, ni au locataire ni à son garant. C'est un usage de marché, commode comme repère, mais qui ne vaut pas critère juridique et ne dispense jamais de regarder le reste à vivre. L'exemple ci-dessus le montre : le même garant passe de « conforme » à « juste » selon que l'on intègre ou non sa mensualité de crédit.

L'acte de cautionnement décide de la valeur de la garantie

Une fois le garant accepté, tout se joue sur la rédaction. C'est là que naissent la plupart des contestations, bien plus que sur le choix de la personne.

Durée déterminée ou indéterminée

Les deux formules existent et n'ont pas les mêmes conséquences. Un engagement à durée déterminée est borné : il couvre la période inscrite à l'acte, ce qui est lisible pour les deux parties, mais laisse le bailleur découvert au-delà. Un engagement sans indication de durée, ou expressément à durée indéterminée, se prolonge, mais la loi ouvre alors à la caution une faculté de résiliation, dont l'effet est repoussé au terme du contrat de location en cours.

Un acte muet sur la durée n'est donc pas un acte neutre : il bascule dans le second régime.

Étendue : ce que l'engagement couvre réellement

Loyers seuls, ou loyers, charges, réparations locatives et frais ? L'étendue est ce qui sera lu ligne à ligne le jour de l'appel, et c'est la première chose que conteste une caution bien conseillée. Un acte imprécis se paie au moment exact où le bailleur en a besoin.

Cautionnement simple ou solidaire

Un cautionnement simple permet à la caution d'exiger que le bailleur poursuive d'abord le locataire avant de se retourner vers elle. Un cautionnement solidaire permet au bailleur de s'adresser directement à la caution. La différence est décisive sur le délai de recouvrement, et elle se décide à la rédaction, jamais au moment de l'impayé. Le vocabulaire du cautionnement est repris dans le glossaire de l'immobilier locatif.

Les erreurs fréquentes et comment les éviter

ErreurCe qu'elle coûteCe qu'il faut faire
Exiger une caution alors qu'une assurance loyers impayés est déjà souscriteLe cautionnement est nul, il ne reste qu'une garantie sur deuxTrancher entre assurance et caution avant la mise en location
Réclamer un relevé de compte ou une attestation bancaire au garantPièce hors liste, demande interdite et sanctionnableS'en tenir aux justificatifs prévus par le décret
Appliquer au garant la liste du locatairePièces indues réclamées, pièces propres à la caution oubliéesUtiliser la liste distincte applicable à la caution
Rédiger un acte qui ne vise que les loyersCharges, réparations et frais discutés au moment de l'appelDéfinir l'étendue de l'engagement dans l'acte lui-même
Laisser la durée de l'engagement non traitéeUn engagement dont la portée se découvre en cas de litigeChoisir durée déterminée ou indéterminée en connaissance de cause
Classer l'acte hors du dossier du bailGarantie introuvable le jour de l'impayéConserver l'acte rattaché au bail, daté, signé et retrouvable

Ces six erreurs ont un point commun : aucune ne se voit au moment où elle est commise. Toutes se révèlent au premier impayé, quand il est trop tard pour les corriger.

Le cas particulier du bail mobilité

La conséquence est directe. Le dépôt de garantie étant interdit, la garantie repose entièrement sur le cautionnement, sur Visale, ou sur une assurance loyers impayés. Aucun de ces trois dispositifs n'est écarté par le régime du bail mobilité. L'article 22-1 s'y applique en revanche par renvoi de l'article 25-12, si bien que le choix entre assurance et cautionnement y reste exclusif, sauf pour un locataire étudiant ou apprenti, où le cumul redevient licite. Ces deux profils font précisément partie du public éligible à ce contrat. L'exemple chiffré plus haut se lit alors sans la ligne d'imputation du dépôt. Les conditions, la durée et le public visé par ce contrat sont détaillés sur la page bail mobilité.

Ce que Coziloc prend en charge sur ce sujet

Coziloc ne rédige pas l'acte de cautionnement et ne remplace pas un conseil juridique. Le produit traite ce qui se perd habituellement entre la signature du bail et l'appel de la garantie, parfois plusieurs années plus tard :

  • le garant est enregistré comme une partie à part entière, distincte du locataire, avec son type : personne physique, personne morale ou Visale ;
  • ses justificatifs d'identité et de revenus sont stockés sur sa propre fiche, et non mélangés à ceux du locataire, ce qui évite d'appliquer une seule grille aux deux dossiers ;
  • pour une garantie Visale, le numéro et les dates de début et de fin sont conservés, ce qui permet de répondre à la seule question qui compte le jour de l'impayé : la garantie couvrait-elle bien cette période ?
  • l'acte de cautionnement et les pièces du dossier restent rattachés au bail concerné, avec leur date, au lieu de dormir dans une boîte mail ;
  • les loyers appelés et les loyers encaissés sont suivis mois par mois, ce qui donne le détail chiffré de l'arriéré à produire quand l'engagement de la caution est plafonné.

Une garantie que l'on ne retrouve pas le jour de l'impayé est une garantie qui n'existe pas.

Points clés

  • Assurance loyers impayés et cautionnement ne se cumulent pas : exiger les deux est sanctionné par la nullité du cautionnement.

  • L'exception au non-cumul vise le logement loué à un étudiant ou à un apprenti, et elle se restreint encore si le bailleur est une personne morale autre qu'une société civile familiale.

  • Le dépôt de garantie n'entre pas dans cette interdiction, mais il n'est jamais obligatoire : il doit être prévu au contrat, il est interdit en bail mobilité, et un mois de loyer hors charges couvre rarement une dette locative réelle.

  • La liste des pièces demandables est limitative et fixée par décret, avec une liste distincte pour le locataire et pour sa caution.

  • La valeur d'une caution tient à la rédaction de l'acte : durée, étendue de l'engagement, caractère simple ou solidaire.

  • Sur un bail mobilité, le dépôt de garantie est interdit : la garantie repose sur le cautionnement, Visale ou une assurance loyers impayés.

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Questions fréquentes

Non, sauf si le logement est loué à un étudiant ou à un apprenti. En dehors de ce cas, le cautionnement demandé alors qu'une assurance couvre déjà les obligations locatives est nul. La conséquence est concrète : le bailleur croit disposer de deux garanties et n'en a qu'une, la seconde étant inopposable au garant. Le choix entre assurance et caution se fait donc avant la mise en location, pas après. Cette réponse vaut pour un bailleur personne physique ou une société civile constituée entre parents et alliés. Si le bailleur est une autre personne morale (société civile non familiale, SARL, SAS), l'alinéa 2 de l'article 22-1 restreint davantage : le cautionnement ne peut alors venir que d'un organisme figurant sur la liste fixée par décret en Conseil d'État, comme Visale, ou concerner un étudiant ne bénéficiant pas d'une bourse de l'enseignement supérieur.

Uniquement celles figurant sur la liste fixée par décret pour la caution, qui est distincte de celle applicable au candidat locataire. Toute pièce hors liste est interdite, même si le garant se dit prêt à la fournir. Cela vise en particulier les relevés de compte, les attestations de bonne tenue de compte et les autorisations de prélèvement signées d'avance, que certains bailleurs réclament par précaution et qui ne sont pas exigibles.

Aucun texte n'impose de multiple de ressources. Le seuil de trois fois le loyer est un usage de marché, utile comme repère, mais il ne vaut pas critère juridique et il ignore le reste à vivre. Un garant à 3,5 fois le loyer qui rembourse deux crédits est plus fragile qu'un garant à 2,8 fois sans aucune charge de remboursement.

Le cautionnement est un engagement écrit, entouré d'exigences destinées à s'assurer que la caution mesure la portée de ce qu'elle signe, notamment sur le montant garanti. Ces exigences ont évolué avec la réforme du droit des sûretés, ce qui rend peu fiables les modèles anciens récupérés en ligne. Un acte incomplet expose le bailleur à voir l'engagement contesté au moment précis où il en a besoin.

L'engagement de la caution couvre les dettes nées pendant la période qu'il garantit, et son étendue dépend de la rédaction de l'acte, notamment de sa durée déterminée ou indéterminée. C'est la rédaction qui décide, pas l'intuition. Un acte mal borné est autant un risque pour le bailleur que pour la caution.

Visale occupe la même place : un organisme se porte caution au bénéfice d'un locataire éligible, à la place d'un proche. Le locataire en fait la demande avant la signature du bail. Le bailleur n'a donc pas à chercher un garant solvable dans l'entourage du candidat, mais il reste tenu de vérifier ce que la garantie couvre et pour quelle durée.

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